5e

 

NATION 

Pour conserver la sérénité à une leçon qui pourrait prendre un tour passionnel, dans une première partie on schématisera les relations entre groupes humains à partir de l’étude des pronoms personnels. Dans une deuxième partie, on définira le mot nation par comparaison avec les dénominations des autres groupes humains, qui seront passés en revue. Et dans une troisième partie, on étudiera l’emploi des différents dérivés du mot nation ce qui permettra d’ouvrir certaines perspectives politiques. On prendra soin de choisir les exemples historiques indispensables dans l’antiquité et, pour l’époque moderne, dans un pays européen assez éloigné de la France et dont peu de nos élèves sont originaires : la Pologne, plusieurs fois démembrée et qui a su conserver son unité. Laissons au professeur d’histoire les problèmes de la nation française. Faute de temps il sera impossible d’entrer dans un grand détail mais possible d’assurer quelques bases. Néanmoins, cette fiche sera moins petite que d’autres.

Première partie.  Les pronoms personnels servent à dire qui parle, et le simple fait de prendre la parole est une manière d’affirmer son existence et son pouvoir. Quand une personne dit “je”, elle parle en son nom, individuellement ; quand elle dit “tu” elle s’adresse à un autre individu et quand elle dit “lui, elle” elle parle d’un troisième individu. Mais quand elle dit “nous”, au nom de qui parle-telle ? Cherchez des exemples ! dans quels cas employez vous le pronom “nous” parfois renforcé en “nous autres” ? quand vous parlez au nom du groupe dont vous faites partie. Quel groupe ? Qu’est-ce qui en fait l’unité? l’amitié ? le travail ou le jeu en commun ? autre chose ? Mais il n’y aurait pas de “nous” si en face il n’y avait pas des “vous” à qui parler, et à côté, ou un peu plus loin, des “eux, elles” qui ne parlent pas mais dont “nous” et “vous” , nous parlons. Donc trois groupes qui , vivant dans l’espace et le temps, ont forcément chacun leur territoire et leur histoire. Ils ont forcément aussi un chef de groupe qui maintient leur unité. Ils préservent leur territoire par des frontières. Ils sont étrangers l’un à l’autre, mais pas étrangers au point qu’il ne puisse y avoir entre eux des mariages, parce qu’ils font tous partie de la même espèce vivante, l’ “espèce humaine”. Il est même préférable au point de vue biologique de préférer l’exogamie à l’endogamie.

Ces groupes peuvent être de force inégales, le plus fort ayant toujours la tentation de dominer le plus faible, d’où des guerres. Deux groupes peuvent entretenir des relations d’amitié ou d’hostilité, s’allier contre un troisième, ou organiser une coexistence pacifique générale par un traité. Il est enfin possible que les “nous” les “vous” et les “eux” constituent une union en se fédérant les uns aux autres. Le simple usage des pronoms personnels prouve donc que l’homme est un animal fait pour vivre en société, “politikon zôon” comme disait Aristote, et que le sort de Robinson Crusoë sur son ile déserte est anormal.

Deuxième partie. Les sociologues emploient volontiers le mot d’ethnie pour parler de façon neutre des groupes sociaux. Nous leur laisserons leur vocabulaire de spécialité.

On donne le nom de famille au groupe humain le plus petit mais aussi le plus essentiel, sans lequel il n’y aurait tout simplement pas d’hommes sur Terre : un père et une mère qui donnent naissance à des enfants. Son territoire est la maison où il est chez lui. Étymologiquement, la notion de naissance est à la base du mot nation et la notion de paternité à celle du mot patrie, la “terre de nos pères”, synonyme affectif de nation.

On donne le nom de tribu à la famille élargie d’un patriarche, avec tous ses descendants et collatéraux, régie par des coutumes plutôt que par un code de lois, et vivant de façon nomade ou sédentaire dans une certaine aire géographique. Cela fait bon nombre de gens qui, vu leur hérédité, ont évidemment des caractères génétiques communs (ce qu’on appelait jadis “race”, mot interdit depuis le développement du racisme). Ils ont des souvenirs et des modes de vie communs, parlent la même langue et pratiquent les mêmes rites religieux. Au temps de Jules César, Vercingétorix a eu assez de mal à unir temporairement les tribus gauloises et n’est pas parvenu à les faire triompher du colonisateur . Mais enfin, ces tribus n’étaient pas extrêmement différentes les unes des autres. Elles participaient d’une même culture. Quand, sur la même aire géographique un peuple assez nombreux dépasse la condition tribale et prend conscience de son unité, on commence à pouvoir parler de nation, même si l’ emploi de ce mot en ce sens n’est guère antérieur au XVIIIe s. On appelle État (écrit avec une majuscule) un groupe humain, petit ou grand dans la mesure où il est indépendant et régi par un code de lois clairement formulées. C’était le cas des cités grecques de l’antiquité, avec leurs citoyens, États minuscules mais qui ont servi de modèles à nos États modernes. On appelle empire un État qui soumet à son autorité un certain nombre de nations auxquelles il laisse une plus ou moins grande autonomie comme c’était le cas dans l’empire romain. L’empire autrichien, au XIXe s. a été confronté au problème des nationalités et au principe du “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”. En effet, une nation tend à se rendre indépendante en constituant un État souverain pour préserver son identité et ses intérêts. Dans ce cas, elle devient un État-nation. Ce n’est bien sûr pas toujours le cas, comme le montre l’histoire de la Pologne qui a été plusieurs fois partagée entre l’Allemagne, l’Autriche et la Russie et qui a toujours su préserver son identité nationale fondée essentiellement sur la langue, la religion, quelques grands évènements historiques et quelques grandes œuvres. Les Polonais ne sont jamais devenus ni germanophones, ni russophones, ni protestants, ni orthodoxes. Ils sont restés polonais.

Au cours de l’Histoire, quelques grandes nations se sont développées en Europe d’où des conflits parfois sanglants mais aussi la création de tout un patrimoine de grandes œuvres originales. Il y a toujours eu au cours des siècles des migrations plus ou moins importantes. Les Vikings, après une période de violences sont devenus de pacifiques Normands, mais l’empire romain d’Occident n’a pas résisté à l’invasion des Germains. Une nation peut-elle subsister en tant que nation, et sur quelles bases si, par un afflux important d’étrangers, elle devient multiculturelle ? Une diaspora, autrement dit les membres d’une nation dispersée à la suite d’évènements historiques, peut-elle conserver son identité ? Ce sont des problèmes tout à fait actuels.

Troisième partie. Comment emploie-t-on, aujourd’hui, les mots, dérivés et composés, qui se sont constitués autour du mot nation ? Ce sont des mots relativement récents créés à l’époque de la Révolution de 1789 ou, par la suite, dans sa perspective.

L’adjectif national qualifie tout ce qui relève d’un État-nation et peut faire l’unité de ses citoyens: l’hymne, le drapeau, et des institutions comme la langue nationale, l’assemblée nationale, l’Éducation Nationale. Il s’oppose à l’adjectif international qui peut qualifier tout ce qui se fait entre deux ou plusieurs nations : des négociations, du commerce etc. Certaines entreprises qui ont des établissements dans plusieurs pays du monde sont multinationales.

Le mot nationalité désigne le lien juridique et politique qui rattache un individu à un État souverain ce qui est le cas général, les apatrides, qui ont perdu leur nationalité, étant de rares exceptions. Les nationaux d’un pays sont soumis à ses lois avec les avantages et les devoirs que cela implique. Il est possible d’acquérir la nationalité d’un pays étranger par le droit du sol ou par naturalisation. Certains États admettent qu’un individu naturalisé conserve son ancienne nationalité auquel cas il devient binational.

Le nationalisme est une attitude politique qui valorise les caractères propres d’une nation et défend vigoureusement sa souveraineté, avec le risque de tomber dans la xénophobie et le racisme. Il s’oppose à la fois au régionalisme qui privilégie des unités plus petites que la nation et à l’internationalisme qui favorise l’union des nations entre elles, comme l’ONU (Organisation des Nations Unies) et au mondialisme qui envisage un monde “sans frontières” avec un gouvernement unique pour toute la planète, et le risque de tomber dans l’uniformisation et le manque de repères. Voilà de passionnants sujets de discussion. En quatre leçons d’une petite heure, on ne pourra certainement que les effleurer.

 

 

 

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