6e

 

LIBRE

 

C’est une question bien complexe et le maitre qui aura réussi à faire comprendre à des élèves de onze ans au moins une partie des propositions ci-dessous aura déjà fait du bon travail.

 

Tu es libre quand rien ni personne ne t’empêche de faire quelque chose que tu estimes bon ou quand rien ni personne ne t’oblige à faire quelque chose que tu estimes mauvais : quand tu as le choix entre plusieurs possibilités, que tu as bien réfléchi et que tu prends la décision que tu juges la meilleure, tu fais un acte libre et tu en éprouves normalement une certaine satisfaction. Tu es responsable des conséquences de ton acte. C’est ce qui te distingue, principalement, des autres animaux. À ton âge, cela ne t’est peut-être encore jamais arrivé, mais ça viendra, espérons-le. Mais tu as déjà surement éprouvé un sentiment de liberté, par exemple quand tu t’élances dans la cour de récréation.

 

Quelqu’un ou quelque chose de plus fort que toi peut te priver de ta liberté, te contraindre. Mais cette force peut s’entendre de plusieurs manières

 

1. elle est, de toutes façons sociale : tu n’as pas pu choisir tes parents ni la date ni le lieu de ta naissance ni ton éducation et cela influe forcément sur tes choix.

 

2. elle peut être physique : un chien tenu en laisse, un oiseau en cage, un homme en prison, un malade dans son lit, ne sont pas libres de leurs mouvements.

 

3. elle peut être psychologique (cas d’addiction à la drogue, passion à laquelle on est incapable de résister, influence d’une personne qu’on n’ose pas affronter, puissance de la publicité).

 

4. elle résulte de la hiérarchie qui existe dans toute société, où certaines personnes, les chefs, les patrons, les supérieurs détiennent le pouvoir, l’autorité, et peuvent commander, donner des ordres, imposer leur volonté à ceux qui leur sont subordonnés. Mais à différents échelons de la hiérarchie, certaines personnes ont aussi une certaine autorité et une marge d’initiative d’autant plus large que le grand chef ne donne que des directives générales et n’entre pas dans le détail de leur application. Et reste le domaine de la vie privée où la marge de liberté est plus grande. Un vieux proverbe disait : Charbonnier est maitre chez soi.

 

5. La loi (ou le règlement intérieur de l’entreprise) est le garant de ta liberté, parce qu’elle fixe des limites. Elle dit ce qui est interdit, ce qui est obligatoire, et peut préciser certaines choses qui, sans être obligatoires, sont permises. Pour tout ce qui n’est ni interdit, ni obligatoire, tu es libre, tu as le droit de le faire ou de ne pas le faire. Les gens qui détiennent le pouvoir ont le devoir de respecter les libertés fondamentales de leurs subordonnés, les “droits de l’homme”. Même s’ils font le même travail, il y a entre un esclave et un employé salarié cette différence que l’un est acheté par son maitre comme il achèterait une machine, alors qu’entre l’employé et son patron il y a un contrat conclu d’homme à homme. Un travailleur indépendant (artisan ou artiste) n’a pas de patron, il est à lui-même son propre patron, il est autonome, mais il subit d’autres contraintes.

 

6. Quand tu obéis , quand tu remplis une obligation, tu peux te sentir parfaitement libre si tu comprends que c’est dans ton intérêt ou dans l’intérêt général : Tu suis un traitement médical pénible pour guérir ; tu respectes le code de la route pour éviter les accidents. Tu es d’accord, tu le fais volontiers, de bon cœur, de bon gré, de ton plein gré. Tu te sens d’autant plus libre que tu juges la loi bonne, et que tu estimes, que tu admires, que tu aimes la personne qui te donne des ordres. Tu dis OUI, tu acceptes, tu es consentant, tu donnes ton assentiment à une discipline nécessaire. Tu peux même limiter volontairement ta liberté en faisant une promesse, en acceptant un contrat.

 

7. Et quand tu estimes que la loi est mauvaise, et que les gens au pouvoir t’oppriment , abusent de leur autorité , et que éprouves le besoin de t’en libérer, que faire ? Diverses attitudes sont possibles :

 

  • Obéir quand même, à contre-cœur, de mauvais gré, en maugréant, en pensant que c’est le moindre mal, que les conséquences d’une révolte seraient pires que le mal. Tu te contentes de ta liberté de penser qui peut toujours exister dans le secret de ton cœur et dont personne ne peut te priver si tu sais résister au “lavage de cerveau” .

 

  • Essayer de discuter et de faire fléchir le pouvoir. C’est le rôle de l’opposition dans un état démocratique. Les citoyens mécontents ont le droit d’être représentés et de faire entendre leurs critiques et de proposer des réformes. Ils ont la “liberté d’expression”. Un État à parti unique est totalitaire, les citoyens n’y sont pas libres. Si le pouvoir ne cède rien, il peut se produire une révolution.

 

  • Élever une objection de conscience Tu dis NON ! tu refuses absolument de te conformer à un ordre inique. C’est une attitude héroïque qui peut couter très cher dans la mesure où l’oppresseur est résolu à mater les rebelles et à les soumettre de gré ou de force. Le prototype des objecteurs de conscience, persécutés et qui deviennent des martyrs , c’est Antigone, dans la tragédie de Sophocle.

Conclusion : Que penses-tu du slogan Il est interdit d’interdire ? La liberté consiste-t-elle à faire n’importe quoi ? et de cette devise "la liberté de chacun se termine là où commence celle des autres" ?

 

 

 

 

pour aller plus loin

article correspondant à consulter sur Vocalire