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SUR et SOUS

Ces deux prépositions, ainsi que les adverbes correspondants dessus et dessous, avec leurs emplois nominaux, sont beaucoup plus fréquents que les adjectifs correspondants supérieur et inférieur. C’est pourquoi ces mots dits “grammaticaux” peuvent très bien servir de point de départ pour une leçon.

Pour les petits du cours préparatoire, il s’agira de leur faire utiliser correctement, au moyen de mouvements et de manipulations d’objets, dans leur sens purement spatial, sur/ sous, dessus/dessous, au-dessus/au-dessous/en-dessous (on ne dit guère *en-dessus), par dessus/par dessous, sur le dessus (mais pas *sous le dessous), là-dessus/là-dessous et quelques mots associés.

Je propose, en fait d’exercices :

1. On apporte en classe un petit tapis (du genre de ceux des salles de bains) et on le pose sur la table, en faisant remarquer qu’il est entièrement en contact avec la surface de la table, qu’il la touche entièrement. [Pour des plus grands, je ferais noter les mots contact et sur-face mais pour les petits, poser et toucher, ça me parait suffisant ]. Je peux même poser un vase sur le tapis. C’est joli ? Oui, j’expose ce vase sur le tapis, je l’expose dessus pour qu’il soit bien visible et qu’on l’admire. Mais ce bout de papier à côté du vase, c’est vraiment laid. Je vais le cacher sous le tapis. Je retire le vase, le papier, et je soulève le tapis. On aperçoit le dessous du tapis qui est beaucoup moins joli que le dessus. Bien sûr ! le dessous c’est l’envers et le dessus, c’est l’endroit.

2. On apporte en classe une corde à sauter et on dégage, parmi les tables, l’espace suffisant pour la manipuler. On prie deux élèves de la tendre assez haut et un troisième de passer dessous/par dessous/par en dessous. Il doit se courber et son dos ne doit pas toucher la corde. Pas de contact !. Maintenant, les deux tendent la corde assez bas et le troisième doit sauter par dessus là encore sans contact avec la corde. Mais si je mets le tapis par terre et si je dis à l’élève 3 de passer, de marcher sur le tapis, de marcher dessus, bien sûr, ses pieds seront en contact avec le tapis et je ne pourrai pas employer la locution au-dessus, ni par dessus. Une récompense pour celui qui a très bien répondu ou fait un très beau dessin : Je mets le tapis sur un banc ou sur une chaise et je lui dis Monte là-dessus ! Et on l’applaudit !

3. On empile des livres les uns sur les autres On les superpose. Tiens ! Un mot commençant pas super- En connaissez-vous d’autres ?[ il se peut que même des petits en connaissent]. Vous rappelez-vous où se trouve Blanche-Neige, dans la pile ? Oui, elle est en bas, tout en - dessous des autres. Et l’histoire du Crapaud ? elle est en haut, sur le dessus. On voit clairement par là que le dessus est plus haut et que le dessous est plus bas. On le voit aussi si on affiche au mur un dessin au-dessus ou au-dessous d’un autre objet.

Bien entendu, pas question de mettre tous les objets qui se trouvent dans la classe sens dessus dessous !

4. Quand vous vous habillez (et là, il y a contact, forcément), vous mettez bien des vêtements de dessous, sur la peau, à même la peau, et des vêtements de dessus Détaillez, un peu. Qu’est-ce que c’est qu’un survêtement ? Pour sortir quand il fait froid, quel vêtement mettez-vous par-dessus tout le reste ?

5. On fait au tableau le schéma d’un immeuble à plusieurs étages, avec un ascenseur ; au 3e étage habite monsieur A, au 4e Madame B, au 5e Monsieur C et on essaie de faire comprendre aux élèves que, pour Monsieur A, sa voisine B habite à l’étage supérieur, et que pour Monsieur C sa voisine B habite à l’étage inférieur quoique ce soit le même étage, parce que A habite au-dessous de B, B au-dessus de A mais au-dessous de C et que C habite au-dessus des deux autres. C’est le voisin du dessus de B et B est sa voisine du dessous. Un ascenseur est bien utile surtout pour ceux qui habitent les étages supérieurs.

6. On examine un thermomètre à alcool ou à mercure, on repère le zéro et on parle des températures au-dessus ou au-dessous de zéro.

7. On invite les élèves à donner le bras à leur voisin. On leur explique la locution bras-dessus, bras-dessous et on leur signale que c’est un signe de bonne amitié de se promener bras-dessus, bras-dessous.

Toutes ces petites comédies occuperont surement plusieurs séances.

Pour les plus grands

Séance n°1 Récapitulation rapide de tous les emplois spatiaux de sur/sous, dessus/dessous laborieusement recensés avec les petits : affinité de poser avec sur, de cacher avec sous, de passer avec par-dessus et par-dessous, emplois avec contact et des emplois sans contact, relations entre supérieur et inférieur.

On essaye un peu d’étymologie : on leur révèle que sur, sous, et super d’origine latine ainsi que hyper et hypo, d’origine grecque, ainsi que l’anglais up, remontent tous à une seule et même racine indoeuropéenne indiquant un mouvement vertical, de haut en bas ou de bas en haut. Par contre inférieur du latin inferior comparatif de l’adjectif inferus “qui se trouve en dessous”, est de la même famille que infra et que l’anglais under. On les invite à chercher des mots commençant par sur, sous, super, hyper, hypo et infra et à en expliciter le sens, ce qui les amène vers les emplois non spatiaux de l’ensemble de ce vocabulaire, en relation avec l’évidence subjective, depuis que l’Homme a conquis la station verticale, que le haut, donc le dessus est plus important, plus beau, plus noble que le bas donc le dessous. 

Séance n°2 :

1. Une liste de verbes préfixés au moyen de sur- : surabonder, suractiver, surajouter, suralimenter, surcharger, surélever, surentrainer, suréquiper, surendetter, surestimer, surévaluer, surexciter, surexploiter, surexposer, surgeler, surligner, surmonter, surnager, surnommer, surpasser, surplomber, surprendre, sursauter, surseoir, surtaxer, surveiller, survenir, survivre, survoler, survolter.

Les répartir en quelques listes : ceux qui ont, ou peuvent avoir un emploi spatial

Ceux qui ont un antonyme préfixé avec sous-

Ceux qui expriment un excès, mais sans antonyme en sous- (pourquoi ?)

Les autres, qui demanderaient chacun une explication particulière (on verra si on a le temps)

On peut de même, bien entendu, faire une liste de mots préfixés par sous- et les classer…

2. Chercher dans l’administration, l’armée, des exemples de hiérarchies comparables à des étages supérieurs et inférieurs, avec des chefs et des sous-chefs, des échelons d’avancement…

3. Penser aussi à ce que sont, en psychologie les sentiments douloureux d’infériorité de gens qui se sous-estiment et les sentiments orgueilleux de supériorité de ceux qui se surestiment. Dans quel domaine Monsieur A est-il vraiment supérieur à Monsieur B ? Parler du sport… À quoi le voit-on ? Importance des match, des concours, des compétitions.

4. Réfléchir à l’emploi de ci-dessus, ci-dessous et infra- dans les livres, spatial, certes, mais aussi relatif au temps de la lecture. À l’emploi de là-dessus dans la conversation.

5. Chercher des emplois non spatiaux de sens dessus dessous – sauter par dessus – souterrain – les dessous de… - le dessous des cartes – les dessous de table – en sous main - au dessous de tout – le trente-sixième dessous – le dessus du panier - Commenter des locutions comme la main sur le cœur – le cœur sur la main.

 

 

 

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