CE2

TRAIN et TRAINER

Vaut-il mieux choisir comme “déclencheur” un verbe ou un nom ?

Train est, étymologiquement, un dérivé nominal du verbe trainer qui a engendré aussi le dérivé verbal entrainer. Nous avons donc affaire à une famille de mots encore relativement cohérente, la locomotive du train en-trainant les wagons derrière elle. Allons-nous la traiter en une seule leçon, dont le titre sera évidemment le verbe trainer ? Ou bien, vu l’importance du vocabulaire associé au nom train en tant que moyen de transport, allons-nous la disjoindre en deux leçons ayant respectivement pour titres trainer et train ?

  • Si nous optons pour une unique fiche trainer je suggère de l’opposer à d’autres verbes de mouvement et de déplacement en demandant au plus remuant des élèves de faire l’action de déplacer, par ex. une chaise 1. En la portant (sans contact avec le sol) 2. En la poussant (en contact avec le sol et devant soi) 3. En la trainant (en contact avec le sol et derrière soi) exactement dans la position de la locomotive par rapport aux wagons et montrer tout de suite que train est un dérivé de trainer. Ceci dit il sera intéressant 1. d’opposer, sur des exemples simples, les emplois de trainer à ceux de son dérivé entrainer (beaucoup plus dynamiques et majoritairement abstraits, auxquels se rattachent l‘entrain et le boute en train) 2. De remarquer que la chose qu’on traine est généralement lourde et encombrante, et que trainer est une action plutôt longue. D’où les emplois temporels et non plus spatiaux de trainer (= flâner) et de train (mettre en train une action…, être en train de faire quelque chose – le train-train quotidien – le train de vie) chose impossible à partir du train - chemin de fer auquel ces locutions plus ou moins figées mais très usuelles sont évidemment antérieures. Mais l’inconvénient est, bien sûr, de reléguer à la place de lointain dérivé le nom d’une réalité ferroviaire ayant une importance considérable dans la vie d’aujourd’hui.
  • Si nous optons pour une leçon sur le nom train conçu comme synonyme de chemin de fer, nous avons l’avantage de référer à quelque chose de bien connu des élèves et de déclencher facilement un copieux déballage : la locomotive et les wagons, la gare, le quai, les billets à composter, les voyageurs, les bagages, le contrôleur, le TGV, le TER et le corail… et avec le rail et l’aiguillage, les verbes dérailler et aiguiller, et le train que l’on prend en marche, nous aurons suffisamment de sens figurés à exploiter. Ce choix a l’inconvénient, mineur, de casser la polysémie - il est vrai lâche et ténue - de ce mot, et d’écarter carrément, les tenant pour homonymes, les emplois temporels ci-dessus (train-train, train de vie…). Il a aussi celui de mettre dans l’embarras du choix, en déclenchant une liste longue de verbes dont le nom train peut être le sujet. Elle est relativement spécifique, puisque ce sont tous des verbes de mouvement (à l’exclusion de verbes exprimant par exemple la pensée, la parole…) : un train va d’un point à un autre, il démarre, part, roule, passe, accélère, ralentit, arrive, s’arrête. Ces verbes ont tous des dérivés nominaux permettant de transformer une phrase. On peut toujours parler du trajet, du démarrage, du départ, du roulement, du passage, de l’accélération, du ralentissement, de l’arrêt du train. Avec lequel de ces verbes va-t-on travailler ? Ces verbes sont peu spécifiques en ce sens qu’ils peuvent admettre toutes sortes d’autres emplois et d’autres sujets que le nom train. Ce sont tous des hyperfréquents appelés à devenir têtes de leçons, et qu’il vaudrait mieux ne pas déflorer. Et il faudrait veiller, à supposer que l’on retienne, par exemple, rouler, à ne pas se laisser entrainer à faire une leçon sur la roue et le verbe rouler plutôt que sur le mot train. On peut trouver un verbe plus spécifique en se rappelant que la définition des noms d’objets utiles créés par l’homme – ce qui est le cas du train - commence normalement par leur finalité, et ne place qu’en deuxième position leur description. Un marteau est 1. un outil destiné à frapper 2. composé d’une masse métallique au bout d’un manche. Même ordre des facteurs pour le train. –“À quoi sert un train ?” – “À transporter des voyageurs ou des marchandises”. On peut donc le définir comme “un moyen de transport, composé d’une suite de wagons tractés par une locomotive, roulant sur une voie ferrée”. On tient, avec le mot transport, un verbe transporter en rapport étroit, bien spécifique avec le nom train puisqu’il fait partie de sa définition. Par surcroit, il a une bonne famille de dérivés (transporter, transport, transporteur). Il n’est pas hyperfréquent et ne servira pas d’entrée à une leçon ultérieure. C’est donc avec lui qu’il est préférable de travailler.

Ma conclusion est qu’il vaudrait mieux traiter séparément les deux mots; Il y a largement matière à deux leçons !

 

 

 

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