CE1

COMPTER

  Allons-nous faire une leçon d’arithmétique ou une leçon de français ? Ce verbe vous entraine immanquablement vers l’article nombre, car enfin que va-t-on compter sinon un certain nombre d’unités ? et puis, la suite des nombres vous induira en tentation d’aller piocher dans les articles intitulés un et seul deux trois, quatre etc. Et les situations où on a l’occasion de compter vous entraineront vers les articles riche et pauvre or et argent devoir (incluant dette) – acheter et vendre, car enfin, qu’est-ce qu’on compte, en général ? pas des billes ni des pommes, mais plutôt de l’argent – Où s’arrêter ? Or, nous ne disposons que de deux séances de 45 minutes avant le travail écrit et sa correction… 

Je vois deux directions possibles selon le niveau des élèves.

Pour les plus grands, je commencerais par m’intéresser aux sens figurés de compter et de son dérivé nominal compte. Je repèrerais les situations financières dont ces sens figurés sont l’image, et je proposerais aux élèves plusieurs scénarios.

Scénario 1, séance n°1 : L’individu A établit son budget et fait ses comptes. Il écrit sur des lignes de comptes distinctes et superposées ce qui concerne le loyer, le chauffage, l’eau, l’électricité, le téléphone, les transports, l’assurance, additionne toutes ces dépenses incompressibles et voit ce qui lui reste pour sa nourriture, ses vêtements, ses loisirs. Exemple : Monsieur et Madame A ont tout juste 1025 euros pour leur mois. Il va falloir, là-dessus payer leur loyer ! Mais ils comptent sur une subvention de “l’aide au logement”. Cette subvention, pour eux, elle compte ! Heureusement, on est en été et le chauffage n’entre pas en ligne de compte, mais il faut prendre en compte le prix du chemin de fer, pour aller voir les grands-parents à la campagne. Et tenir compte d’un découvert de 200 euros qu’il va bien falloir rembourser un jour. Voilà un budget bien serré !

Séance n°2 On va chercher des situations non financières où on pourra employer compter sur - prendre en compte, tenir compte, et entrer en ligne de compte, ça compte. Exemple, l’individu A a un excellent ami, B et ils se rendent des services mutuels. Ça compte pour eux (expression de l’importance) de pouvoir compter l’un sur l’autre (expression de la confiance). A demande à B de garder ses enfants pendant son absence, mais il faut tenir compte [expression d’une condition de réussite] l’emploi du temps de B, le prendre en compte. Et il y a aussi le caractère de B qui entre en ligne de compte. Entre eux, un mouvement d’impatience, un mot maladroit, ça ne compte pas, mais B aime bien qu’on reconnaisse ses mérites, il faudra le remercier chaleureusement. C’est la condition pour faire durer l’amitié.

scénario 2, séance n°1 : L’individu A étudie la facture B, plutôt salée, présentée par l’individu C qui vient réclamer son dû (une facture n’est rien d’autre qu’un compte de fournitures, d’heures de travail et de taxes). Mais A estime cette facture acceptable et paye comptant, au comptant car il ne veut pas être en dette envers C. lui lui règle son compte, lui paye son dû, sans protester. C part content (faire remarquer l’homophonie mais pas l’homonymie de comptant et de content), parce que son compte est bon et qu’il a traité son affaire à bon compte - À ce compte-là, il a fait une bonne affaire.

Séance n°2 : Un malfaiteur A, pour une raison B ou pour une autre, a à se plaindre de l’individu C qui lui a causé quelque tort, par exemple lui a pris sa petite amie. (Le crime a généralement des raisons passionnelles, quand elles ne sont pas financières). Il l’attire dans un guet-apens et lui règle son compte à coups de poing ou de couteau, pensant que c’est tout ce qu’il mérite. Il le laisse sur le terrain en se disant que son compte est bon. À ce compte-là, il n’est pas près de recommencer. S’il n’est pas mort, il s’en tire à bon compte. Il a payé pour sa mauvaise action. N’en parlons plus… Vraiment ? Voilà un règlement de compte qui attirera forcément l’attention de la police.

Scénario 3, séance n°1 : La vieille madame A, qui ne peut pas se déplacer, demande à son aide ménagère, madame B, de lui faire ses provisions. Elle lui confie un gros billet. A son retour Madame B doit rendre des comptes à madame A et lui rendre la monnaie s’il en reste. On étudie le ticket de caisse qui est lui aussi un compte, une sorte de facture. Il y a une complication : madame B a acheté non seulement les articles commandés par madame A, mais aussi quelques articles pour son propre compte. Bien entendu, ces articles-là n’entrent pas en ligne de compte ; leur prix fera partie de la monnaie que madame B doit rendre à madame A.

 

Séance n°2 un personnage politique qui ne s’est pas soucié à temps des méfaits de l’amiante ou du sang contaminé a des comptes à rendre à la nation. La justice peut s’en mêler pour lui faire payer sa négligence. Un reporter envoyé par un journal enquêter en pays lointain doit rendre compte de sa mission, en faire un compte-

rendu. Un élève peut avoir à faire un compte-rendu de lecture

Bien entendu, tout cela sera conclu par le proverbe les bons comptes font les bons amis.

Pour les petits qui n’ont pas un rapport à l’argent suffisant pour qu’on leur parle des sens figurés de compter et de compte, je pense qu’on pourrait envisager deux types d’exercice :

Scénario 1 : leur faire numéroter les pages de leur cahier de 1 jusqu’à, mettons, 30, de la première, qui porte le numéro 1 à la dernière, ce qui permettrait de distinguer les sens des mots nombre, chiffre, et numéro qui ne sont pas synonymes mais complémentaires. Leur faire remarquer qu’on peut écrire les noms de nombres avec des lettres, en toutes lettres ou avec des chiffres et leur faire comprendre qu’on numérote les éléments d’une série, pour y avoir des repères. On pourrait leur faire placer des signets, par exemple de petits “postit”, à la page 10 et à la page 20, pour leur apprendre le mot dizaine, le mot vingtaine, l’existence d’un suffixe aine, et préciser que les œufs se vendent en général par douzaines ou demi-douzaines (boites de 6 ou boites de 12 dans les supermarchés). Au fait, que signifie ce préfixe demi- et l’adjectif demi ? qu’il s’agit de la moitié de quelque chose. Peuvent-ils mettre leur signe sur la page qui est juste à la moitié du cahier, la page centrale ? Et si je dis qu’il y a dans la cour une centaine d’élèves, est-ce que je les ai comptés ? Y a-t-il beaucoup d’élèves dans cette cour ? Un grand nombre ? sont-ils nombreux ? On pourra peut-être leur faire faire quelques exercices de reformulation en passant de beaucoup à nombreux et à un grand nombre (ou de quelques à peu nombreux et à un petit nombre)

Scénario 2 : À ceux qui maitrisent les quatre opérations, savent plus ou moins la table de multiplication et font du calcul pour résoudre de petits problèmes, on pourrait faire employer le vocabulaire de ces opérations d’abord dans leur sens mathématique puis dans des emplois plus généraux. Exemple Garçon, vous nous apporterez l’addition ! ou les succès/ les échecs s’additionnent pour l’individu A, ça me réjouit ou ça commence à m’inquiéter - L’employé B multiplie les initiatives soustraire un enfant à une mauvaise influence diviser pour régner.

 

 

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